9 - Les archets

  

 

"A Chartres, la rose peinte dont le joueur de vièle en huit est le motif principal a un diamètre de trois mètres. L'archet y occupe plus d'un mètre.La dimension de la peinture accrédite des particularités qu'on décèle à peine dans les enluminures ou qu'on ne sait pas interpréter, par exemple la présence de deux mèches. On ne peut pas douter non plus de la volonté de représenter un archet très long et très gros.

L'archet fait sensiblement une fois et demie la taille de la vièle. Je l'ai estimé à environ 90 cm. La baguette est rès épaisse (à peu près une fois et demie la largeur du pouce du musicien) et sa dégressivité n'est pas très marquée sur au moins trois quarts de sa longueur.

Une question se posait d'emblée : fallait-il utiliser un bois très léger pour évi ter un poids qui rende l'archet difficile et fatigant à manier ?

 

 
     
   

Finalement, c'est encore le timbre développé sur l'instrument qui a motivé le choix. Après un premier essai en alisier, il s'est avéré que c'était le cormier (sorbus domestica) qui faisait le mieux sonner les vièles restituées de l'Instrumentarium de Chartres...

Un élément spécifique de la facture de bon nombre d'archets médiévaux est particulièrement manifeste sur la peinture murale : c'est la mèche qui ne forme pas un ruban, mais qui se divise en deux faisceaux parallèles...Sur la peinture, l'espace entre les deux traits laisse entrevoir l'instrument qui est sous le crin et confirme la présence de deux mèches.

 
   

 
   

La vièle du jongleur est, à ma connaissance, le seul instrument scupté qui ait été assorti d'un archet dans la cathédrale de Chartres...

L'archet du jongleur a été détruit. Dans une gravure du XIXe siècle, il a été figuré par une tige métallique. Cette tige a disparu à son tour, mais on peut encore voir les deux trous, sur la cuisse du jongleur et sur le plan de cordes de la vièle, dans lesquels étaient encastrés ses supports ...

C'est donc l'attitude du musicien qui va orienter nos choix de reconstitution. La position de jeu est assez particulière et probablement liée au contexte de danse. Le jongleur se tient debout, la jambe droite croisée devant la gauche. La vièle est posée légèrement contre la poitrine, elle n'est pas soutenue en l'air, mais orientée vers le sol, juste retenue par le bras gauche détendu restant le long du torse. Le bras droit est complètement déployé sans s'écarter du corps  Ceci nous donne donc une indication de longueur. On peut supposer qu'ici les cordes sont touchées par la partie supérieure de l'archet, car on ne pourrait pas le tirer plus.

Au XIIe siècle, l'archet a été abondamment reproduit dans les enluminures, mais aussi dans la sculpture, contrairement aux siècles postérieurs. La forme d'arc sous laquelle il a été initialement figuré a évolué dès le XIe siècle avec l'adjonction d'unen poignée, simple etension de la baguette au-delà du point d'accroche du crin...

Je lui ai donné le nom d'archet en crosse, car il a la particularité d'avoir sa partie la plus convexe à l'extrémité supérieure.

Le choix du bois s'est fait sur des critères de timbre. A l'issue de différents essais sur la vièle reconstituée par Olivier Pont, il est ressorti que c'était le cytise (laeburnum) qui s'accordait le mieux au son de l'instrument."


 

 
   
   
 Nelly Poidevin, archetière

"La reconstitution des archets du jongleur et de la vièle en huit"

L'instrumentarium du Moyen Âge La restitution du son

Actes du colloque - Avril 2014

 
 
 
     
 Archet réalisé par Nelly Poidevin, en if (taxus baccata)